• Accueil
  • > Nécessités et potentiels à St Louis.

Nécessités et potentiels à St Louis.

1. La santé à Saint Louis

¤ L’offre générale existante

L’hôpital régional de Saint Louis compte quatre lits d’hospitalisation pour son « service » de psychiatrie. Selon des textes officiels administratifs que j’ai lus à la bibliothèque de Fann, 2000 consultants par an passent dans ce service. Le psychiatre est en fait un ancien étudiant en médecine qui n’a jamais eu son diplôme (et n’est pas inscrit à l’ordre) alors qu’il y a 25 psychiatres sénégalais en France (sic.) Malheureusement, c’est la seule offre existante.

Du temps de L’AOF, il existait sur la langue de Barbarie, un asile : un lazaret dont il ne reste que des ruines.

Hôpital

1

 

Mais regardons de plus près l’offre sanitaire générale pour le district de Saint louis (Saint Louis, ville de plus de 150 000 habitants, est le centre d’un district sanitaire de 250 000 habitants).

Il est à noter que le système de santé sénégalais est constitué de plusieurs types de structures sanitaires :

* Chaque village possède théoriquement une case de santé gérée par un agent de santé habilité à fournir des soins primaires et à prescrire des médicaments de base.
* Chaque bourg et chaque quartier de ville possèdent un poste de santé géré par un infirmier habilité à effectuer des gestes de santé plus professionnels.
* Chaque ville possède un centre de santé, géré par des infirmiers et des médecins, les villes principales possèdent des dispensaires et un hôpital.

 

Les cases ne sont parfois pas suffisamment bien gérées et manquent souvent d’approvisionnement. Lorsque la case n’a plus de quoi accueillir et soigner les patients, ceux-ci n’ont pas toujours les moyens de se déplacer vers les postes de santé éloignés et restent non soignés.

A Gandon, par exemple, la case de santé est encore en projet, c’est à St-Louis que l’on se déplace pour se faire soigner.

Outre la pharmacie régionale d’approvisionnement, il y a 7 pharmacies privées (officines) à Saint Louis sur les 10 que compte le district

Aucun psychiatre privé n’est installé dans la région. Outre les trop petits services de psychiatrie de Saint louis et Louga, les dispositifs psychiatriques les plus proches sont à Thiès (Dallal Xèl et le DIAMM) (194 km)

¤ La demande en santé mentale

La demande existe : nul n’est à l’abri de problème psychiatriques. Les pathologies mentales ne connaissent pas les frontières sociales ethniques cultuelles. L’urbanisation et l’extension de St Louis apportent aussi leur lot de déracinement.

 

Ce qui diffère entre Afrique et Europe c’est l’interprétation : d’après l’ethnopsychiatre Tobie Nathan[1], il s’agit de distinguer les sociétés à univers unique des sociétés à univers multiples. Or la ville africaine tend à se constituer en tant que société bien plus rationnelle qu’avant, et de manière très abrupte. Un individu peut être déstabilisé par la prégnance de la société à univers unique (scientifique, rationnel, technologique, capitaliste, individualiste etc.) et peut perdre ses référents à l’univers multiples (divin, spirituel, élémentaire, solidaire, familial etc.)

Le soin traditionnel repose sur une méthode divinatoire qui fonctionne en participant à une resocialisation. Les marabouts jouent le rôle d’élu alors que le médecin est un expert. On peut dire que le soin traditionnel fonctionne mais l’urbanisation individualisante, même si elle est moins sévère à Saint Louis qu’à Dakar apporte son lot de « déracinés » et « paumés » non pris en charge. Parce que la modernisation abrupte peut provoquer une « sociopathie » chez l’individu fragile, la psychothérapie sénégalaise est utile pour renouer des liens entre famille et malade, quitte à renouer des liens avec les marabouts et autres guérisseurs.

 

Ainsi, il est nécessaire de répondre à une demande insidieuse, à une nécessité muette : demande à laquelle il est nécessaire de répondre par un service public.

 

Il faut savoir aussi que la Mauritanie, toute proche, est loin d’être autant avancée que le Sénégal en matière de santé mentale et qu’une patientèle assez riche pourrait s’avérer demandeuse : c’est la demande qui remplirait la condition d’existence d’une structure privée : sans demande, une telle clinique n’aurait pas lieu d’être et son existence serait menacée à court terme.

Les pathologies (névroses, psychoses, perversions, toxicomanies…) nécessitent des suivis thérapeutiques, des séjours de rupture, des cures de désintoxication qui font appel à la fois aux médecines traditionnelles et modernes. Au Sénégal, la demande de soins en psychiatrie existe, en témoigne l’encombrement des consultations à Dallal Xel ou à Fann.

Saint Louis, je le répète, ville de plus de 150 000 habitants, est le centre d’un district sanitaire de 250 000 habitants, il compte seulement 400 lits d’hospitalisation (160 lits / 100 000 hab.)[2] toutes disciplines confondues, dont 4 à la disposition du (pseudo-)psychiatre.

 

2. Les raisons d’une structure privée d’intérêt public

¤ Pourquoi une initiative privée ? qui est le commanditaire ?

Le Dr Baba Fall pense à une structure privée car c’est l’initiative d’un privé. Pour autant, le but n’est pas la rentabilité lucrative. Un établissement de santé mentale ne peut être qu’une brique apportée à l’offre publique de soins de la région de Saint Louis. Et l’on sait à quel point la psychiatrie n’est pas une affaire de rentabilité. Baba Fall est originaire de la région de St Louis et, naturellement, il compte aider cette région sans attendre que le secteur public s’en charge : cela prendrait trop de temps. Je le disais en introduction, la clinique de Laborde a été montée dans cette logique, voulant remplir une mission non remplie par le secteur public.

Un autre problème est celui du voyage sanitaire de ceux qui ont le moyens de se faire soigner en France : la psychiatrie n’est pas une discipline nécessitant du matériel de technologie de pointe[3] : on peut envisager l’accueil de patients assez fortunés et mettre en place une certaine solidarité locale : les riches peuvent payer un bon service moins coûteux qu’en France et ainsi permettre aux plus pauvres de ne régler leur hospitalisation à moindre coût[4].

 

¤ Un partenariat avec la future faculté de médecine

L’université Gaston Berger va monter une faculté de médecine. Le professeur Momar Gueye de Dakar pense motiver la création d’une spécialisation en psychiatrie. Il serait nécessaire qu’il existe une clinique pouvant accueillir des internes.

Momar Gueye m’a expliqué que la seule contrainte permettant l’accueil d’interne serait l’existence de logements de fonction. Aussi, pour la bonne cohérence du projet et du programme, on envisage une bibliothèque universitaire et une salle de cours servant à la formation initiale des futurs psychiatres mais aussi à la documentation et la formation continue pour le personnel soignant.

Un partenariat avec la faculté de médecine permettrait, en outre, de se constituer en clinique universitaire et de recevoir des subventions du ministère de la santé pour certains des frais de roulement de la structure. D’après me professeur Momar Gueye, un impératif est de prévoir des logements de fonction pour les internes placés par la faculté de médecine.

¤ Le degré de réalisme du projet

Il faut savoir un aspect très important : l’Etat sénégalais dispose de fonds voués au développement. Ce qui leur manque ce sont des projets.

Les personnels soignants que j’ai rencontrés à Dakar ou à Thiès à qui j’ai parlé du projet de Baba Fall étaient tous enthousiastes : « c’est bien, il faut le faire, c’est nécessaire », « évidemment que ça va marcher ! il n’y a du travail qu’ici ! et St Louis a un climat bien plus favorable ! », « avec la proximité de la Mauritanie, on pourra accueillir des patients fortunés », « c’est la galère pour les familles d’accompagner un patient jusqu’à Thiès ou Dakar », « la force de la culture St Louisienne ne peut qu’être bénéfique ». Tout concourre à dire que ce serait un premier pas vers une psychothérapie de secteur, projet envié, mais malheureusement jamais développé au sénégal.

Il serait notamment nécessaire, plus tard, de proposer une telle structure pour la casamance.

 

Aussi pour des questions de finances et de formation de ressources humaines, nous verrons plus loin que la programmation d’une clinique de cinquante lit au Sénégal ne peut-être que phasée en plusieurs tranches : ceci constitue une contrainte pour une considération réaliste.


 

 

[1] Tobie Nathan, Manifeste pour une psychopathologie scientifique, in Médecin et sorciers, Ed. Les empêcheurs de tourner en rond (Synthelabo), Paris, 1995

 

[2] Pour comparaison la moyenne européenne est de 600 lits / 100 000 hab.

 

[3] Mis à part le besoin en encéphalogramme qui pourrait être introduit dans une phase de développement, d’ajout d’un service de neurologie.

 

[4] C’est une position forte par rapport à la position de Dallal Xel, parce que nous planchons sur une offre de services non médicaux diversifiée, à plusieurs tarifs. (voir rapport complet)

2 Réponses à “Nécessités et potentiels à St Louis.”

  1. ivana dit :

    hallo.. je continue à lire les rèponses , et je me demande en quelle facon on peut se mettre en contact avec le dr. baba Fall, qui a eu l’idee de ce projet …pour construire un group de travail etc il faut bien se parler …
    a bientot. ivana nannini

  2. toutane dit :

    nous saluons cette initiative comme bon saint loiusienne et travalleuse sociale.nous souhaitons sa realisation avec impatience.

Laisser un commentaire

 

C'est possible !!! |
mutuellesante |
Envie de retrouver la ligne |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Docteur Nina-Prisca
| selmab
| Atteindre les 70kg