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La naissance du projet. Spatialité et mise en oeuvre

En illustration des pages précédentes, je présente une série de schémas. Ce sont des schémas contraignant la conception vis-à-vis d’une considération du climat.

 

Voyons maintenant les schémas qui donnent forme au programme : ils sont le point de départ du projet formel. Je tiens à préciser que le dessin de la clinique s’est fait grâce à un aller retour entre programmation et organisation fonctionnelle, tout en gardant les impératifs fixés en matière d’orientation climatique.

Une série de shémas montre l’évolution d’un principe de base : les chambres sont alignées, la partie infirmerie peut surveiller, la case du pénc doit être centrale, la courbure aide à concevoir une sensation de groupe. Deux divisions sont formées par symétrie, on installe la case de pénc principale et le club dans un axe sur lequel placer une double centralité.

Dans une autre série de schémas je montre les deux centralités. L’une sert comme base d’un système fonctionnel de distribution (l’étoile, la croix ou le « T ») et l’autre comme base de la convergence sociale au milieu de la cour. Convergence vers le Pénc et distributivité du Hall d’entrée, une double centralité.

Le programme a été enrichi grâce à sa mise à l’épreuve du plan, le plan a trouvé sa force géométrique par un souci de lisibilité. J’ai voulu mettre à l’épreuve sa rigueur pour éviter la prégnance du plan. Je veux ainsi ne pas tomber dans un fonctionnalisme ultra-rationnel. Laisser la possibilité de modifier certains espaces dans le futur est important.

 

L’importance a été accordée à une gestion du bâti à mi-chemin entre tradition et modernité. Non pas en pastichant la case, mais en considérant le mode architectural de vie sénégalais. Tout est dans la permissivité des limites entre intérieur et extérieur. Entre le fermé et l’ouvert : il y a le simplement « couvert. »

 

J’étais frappé dans la ville sénégalaise par le nombre de chantiers en ruine. On se pose souvent la question : « ruine en chantier ou chantier en ruine ? » quand on ne sait pas si les travaux ont repris sur un vieux chantier, ou si le chantier est si long qu’il se gangrène… Nous ne voulons pas d’un échec comme ce genre de chantier : le phasage prévu devra être assez flexible.


1. Répartition spatiale du programme

 

La rigueur géométrique provoque des sensations qui pourraient sembler contradictoires : un point fort serait un repérage aisé dans un espace assez déterminé, un autre – qui touche plus précisément la fonction du cercle – permet de créer un sentiment de groupe, la courbure permet de voir l’enveloppe sans que le point de fuite soit à l’infini. On se sent dans un cadre bâti sensuel. L’inconvénient d’une forme géométrique trop simple est l’ennui qu’il procure. C’est pourquoi, après de multiples arrangements sur la base de la double centralité, je propose, par dérivations, des transgressions à la rigueur : créer une cour dans la division 1, greffer des cases de style traditionnel former des dégagements dans les coursives pour créer des espaces d’attente, de repos, e rencontre. On verra cette transgression dans le traitement des toitures qui subit un jeu d’alternance des hauteurs.

Je propose aussi de traiter le cœur du projet dans une dialectique entre modernité et emprunts aux signes empruntés populairement au classicisme occidental, à l’islam, au style soudano sahélien.


A propos de l’extensibilité,

Un phasage n’est pas forcément une extension, il peut consister aussi en un réarrangement des fonctions… Mais c’est l’épreuve de la pratique du lieu qui en décidera. J’élabore donc, une esquisse de reconversion en tant que proposition-hypothèse. La partie hôpital de jour pourra ainsi prendre, par exemple, les bureaux du médecin de la consultation en médecine générale, lorsque sera prévue la création d’un bloc chirurgical (dans une nouvelle unité dénommée « médecine générale » dans le schéma suivant). La forme du projet initial permettra aussi l’extension « pédopsychiatrie » dans le même esprit géométrique, mais articulé autour d’une cour mieux fermée.

 

Le dessin du projet permet tout autant la création d’autres divisions, dans le même esprit que les premiers, ou dans une forme radicalement différente, selon les besoins ultérieurs : ce serait un autre projet.

La force de ce projet en terme d’extensibilité réside dans la base géométrique distributive. La forme n’est pas finie, et n’est déterminée que par son opérabilité en un temps T. en un temps T+1 est offerte la multiplicité des possibles. C’est dans cet esprit que la section des soins ambulatoires pourra être reconfigurée dans une phase ultérieure. Je considère donc la géométrie non pas comme une fin (à la manière d’un moderne tel Louis Kahn[1]) mais bien comme un moyen de mise en œuvre tout en laissant ouverte la porte de l’extensibilité, de la modification de l’appropriation de l’architecture.

La conception de la clinique est donc à la fois programmatique et constructive. S’attacher à l’opérabilité de la prescription est au cœur de ma pratique.

 

2. Mise en oeuvre

Selon les sociétés de ciment, les matériaux locaux sont rares et de faible qualité. C’est vrai que le bois manque et son exploitation est proscrite à cause de la désertification. La pierre n’est pas exploitée en tant que matériau constructif bien que certaines carrières dans d’autres régions sont exploitées pour des pierres de parement. L’argile employée en brique de terre cuite est souvent utilisée en apparat.

Le ciment est le matériau de base de la construction en dur. L’acier importé sert à la construction de petites charpentes, alors que des artisans forgeron fabriquent portails et clôtures. On importe des tuiles de terre cuite d’Italie ou de chine, on importe l’acier servant au béton armé d’Europe ou d’Asie.

¤ Murs

* Les alternatives avec l’argile

Le banco pourrait être utilisé : c’est une brique de terre mélangée à des matières végétales et excréments d’animaux, le mélange séché au soleil. Le problème est l’absence d’argile non salée dans l’estuaire. Le sel a l’inconvénient d’absorber l’eau et une brique fabriquée avec de l’argile locale n’est pas de bonne qualité : elle se fendille, s’érode. La chaux est un bon remède contre le sel, mais un enduit à la chaux est à renouveler trop fréquemment. Evidemment il s’agirait d’importer de l’argile depuis la petite côte ou l’amont du fleuve, là où elle est exploitée. Le problème du banco réside dans sa stabilité et son comportement à l’humidité.

La brique de terre cuite pourrait être amenée comme produit fini depuis les briqueteries de la petite côte. Mais pour de bonnes qualités thermiques, la mise en œuvre de briques cuites requiert une plus grande épaisseur de mur que la mise en œuvre de brique de terre sèchée.

Reste le géobéton : ciment mélangé à de la terre argileuse. Le ciment durcit en aspirant l’eau de l’argile, la brique d’argile stabilisée est plus solide tout en conservant ses propriétés thermiques. On fabrique les briques sur place, aux dimensions personnalisées, sans étape de cuisson, aucun four n’est nécessaire, exposées au soleil quelques jours, les briques sèchent. On peut construire des murs porteurs, des voûtes, des arcs… C’est par une logique que je désire préconiser la diversification des matériaux, en donnant l’exemple. Bien sûr, il conviendra de chaîner la construction, horizontalement en fondation et en haut des murs, verticalement, pour contenir les murs, et supporter les toitures. On profitera des briques pour coffrer les poteaux.

Pour les murs exposés au soleil, on emploiera un principe de double peau à lame d’air (immobile) Ce principe permet une meilleure isolation à moindre frais, et une régulation thermique à l’intérieur des murs. Le géobéton (béton de terre) a en outre une meilleure diffusivité thermique que le béton, ou le bloc ciment. Cela permet de réchauffer par convection les intérieurs en décalage de quelques heures. Et ainsi procurer un confort thermique dans les intérieurs frais de la nuit. Une bonne isolation, un bon choix de matériau et une bonne aération constituent un gage de confort.

¤ Toitures

Je pense à deux systèmes. En maçonnerie, on peut construire arcs, voûtes et dômes, en double paroi pour bien isoler : la technique employée à l’hôpital régional de Kaedi en Mauritanie permet une inertie thermique, elle correspond à un climat désertique où les vents sont chauds. Dans le désert, il convient d’emmagasiner la chaleur et la restituer la nuit, par diffusivité thermique, tout en se protégeant de la chaleur du jour. La forme même de la clinique aurait été complètement déterminée par une architecture en coupoles, et ce n’est pas l’effet recherché. De plus, ce n’est pas une méthode couramment utilisée dans les régions côtières bénéficiant des alizés frais.

Ici, il sera nécessaire de privilégier une solution low-tech : les combles ventilés sont une solution simple à mettre en œuvre et efficace pour se protéger de l’apport énergétique solaire. S’appuyant sur les chaînages verticaux des murs porteurs, des portiques en béton soutiendront une couverture de tôle ondulée. Ces portiques déborderont de chaque côté pour permettre la portée d’ombre sur les façades. De plus, ce procédé permet de réduire la dimension de la poutre primaire du portique : du bon usage statique du porte-à-faux.

Le problème économique des matériaux renvoie toujours au problème de la dépendance aux produits importés. Au Sénégal, il n’y a pas de possibilité d’exploiter le bois, et l’acier est importé, on l’a déjà dit. On sait cependant que le vois est exploité dans d’autres sous régions africaines, dans le golfe de Guinée particulièrement. On sait aussi que l’Afrique a besoin de renforcer une économie communautaire. Les échanges commerciaux devraient, à mon avis, être renforcés. C’est pour cela que je privilégierai l’utilisation de pannes en bois plutôt que des barres d’acier pour soutenir les couvertures.

Les plafonds de chambre sont d’un système remarquable employé au Burkina Faso dans une école : ce système est présenté dans Techniques et Architecture. En voici l’illustration ci -contre (>)


 

¤ Fondation et planchers

Pour se surélever, on construira sur vide sanitaire : une réserve d’air frais sera ainsi constituée, et le bâtiment sera isolé des remontées humides du terrain salé. On construira ce vide sanitaire en béton armé : plancher en poutrelles hourdis s’appuyant sur le chaînage béton horizontal, fondation filantes soutenant les murs de briques, plots en béton pour soutenir les poteaux des coursives.

C’est ainsi que l’on utilisera un procédé mixte de construction.

 

Plusieurs niveaux et des pentes douces les reliant sont proposés pour créer des sensations kinesthésiques. Des sensations de montées et de descente suffisent à distinguer les types de lieu : l’espace d’accueil sera un peu plus haut que les coursives des divisions, elles même plus hautes que le pénc et le club.


 

 

[1] Pour développer sur la question de la géométrie, j’aimerais évoquer un travail effectué au début de mes études. La construction géométrique dans l’œuvre de Louis I. Kahn est très séduisante, particulièrement dans son projet de la maison Fisher. La force de ce projet repose sur une articulation de deux (quasi)carrés désorientés de 45°. Cette détermination géométrique influait de manière très intelligente la pratique résidentielle en matérialisant deux formes pour deux types de vie : la forme du jour et la forme de la nuit. J’y voyais, au début de mes études un exemple génial de conception esthétique. Depuis, j’ai ravisé mon opinion à ce propos en pensant qu’il n’en découlait qu’une dimension sculpturale, et surdéterminante, peu à même de permettre à l’habitant de vivre l’architecture, de s’en faire sienne, d’avoir la chance de la modification. Cette analyse est pour moi un exemple qui illustre le couac du design moderne.

 

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